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 Victoire anglo-saxonne (réponse à Mme de Bombardier)

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Gébé Tremblay
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Date d'inscription : 15/09/2007
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MessageSujet: Victoire anglo-saxonne (réponse à Mme de Bombardier)   Ven 19 Oct - 11:14


Victoire anglo-saxonne
Sylvie Bergeron
Le Devoir, libre-opinion, édition du vendredi 19 octobre 2007

J'aimerais réagir à l'article de Denise Bombardier intitulé «L'humanisme à la retraite», publié le 13 octobre 2007, où elle s'insurgeait contre la désintégration progressive d'un haut savoir. De fait, ce n'est pas tout le courant humaniste qui s'écroule; il semble plutôt que la société occidentale ait délaissé le siècle des Lumières (courant français lui-même issu de la Grèce et de la Rome antiques) au profit de la philosophie utilitariste issue de l'Angleterre.

Si la France a développé une philosophie prônant l'esthétisme et la rhétorique, l'Angleterre a promu l'éthique et le pragmatisme, éléments de taille pour propager avec une redoutable efficacité tout ce qui nous plaît, à commencer par la langue. En termes modernes, le marketing n'est pas la tasse de thé des Français mais des Anglais. C'est ainsi que les Anglais ont pu annoncer, vers 1996: «Nous avons gagné le combat de la langue, l'anglais domine dans le monde.»

Au Québec, on le sait mieux qu'ailleurs, une langue n'est pas qu'une langue, elle est le véhicule d'une culture, elle fait la promotion d'un courant de pensée. Que vous la parliez bien ou mal, la langue transporte nos valeurs, c'est-à-dire ce que nous trouvons important, équitable ou sacré. Mme Bombardier en a constamment contre le pauvre peuple québécois, comme s'il avait lui-même choisi d'élaguer le siècle des Lumières par simplicité d'esprit. En réalité, c'est par défaut que le courant humaniste anglo-saxon l'emporte, et c'est aussi par la faute même de la rhétorique française.

Ce n'est pas le peuple qui a amputé les Lumières aux sciences humaines, c'est justement la place que les élites ont donnée à l'éthique et au pragmatisme anglo-saxons pour faire rouler notre monde rondement. Mme Bombardier ne se plaindra pas que nous nous soyons tous enrichis matériellement, mais peu de gens sont maintenant en mesure de s'apercevoir, même chez nos élites, en quoi nous avons perdu l'étincelle qui anime le sens de l'utile, ce qu'on appelle la beauté.

L'utilitarisme et la rhétorique ont tué le beau

La beauté est-elle efficace? Aux yeux des utilitaristes, la beauté est inutile, à moins qu'elle ne soit éthique (sauver une vie, par exemple) ou pragmatique (accroître les revenus ou la qualité de vie, par exemple). Pour le francophone, la beauté est utile par son essence car elle tient du sacré, donc elle ressort d'un besoin vital qui n'a pas de prix. La fonction de la beauté en tant que lumière ne pouvant se mesurer, les utilitaristes ne pouvant pas calculer les immenses gains qu'elle produit dans la société, notamment l'équilibre mental et les bienfaits de l'âme, ils ne les comptent donc pas. Voilà ce que les sciences humaines perdent en abandonnant l'héritage français.

Admettons plutôt que la France n'a pas su dépasser ce dit siècle des Lumières, tuant elle-même le fluide de la beauté par trop d'engouement pour sa rhétorique. Elle a donc séparé, sans le vouloir, l'étincelle qui produit la beauté de sa forme. Or à quoi sert la rhétorique si elle est dépourvue de lumière? Parler pour parler, c'est peut-être beau, mais c'est vide! En cela, il ne reste du siècle des Lumières que le siècle...

Aujourd'hui, les Français de la rhétorique s'écoutent parler plutôt que d'échanger un fluide de lumière avec l'autre. Quel intérêt y a-t-il à suivre un cours avec un professeur qui admire son intelligence devant le miroir de sa jeunesse? Où est le dialogue, c'est-à-dire le courant, l'échange des fluides, dans cette rhétorique? Voilà ce qui a tué le siècle des Lumières, voire la France entière, devenue incapable de se moderniser parce qu'elle monologue avec son propre reflet. La beauté n'a pas le temps de figer sa lumière sur un siècle qui lui court après. Comme le disait si bien André Breton, la beauté sera convulsive ou ne sera pas. L'enveloppe mystérieuse de la beauté s'est retirée du verbe, laissant une rhétorique sans âme et sans valeur, une forme figée qui travestit le vrai. Sans lumière, le beau sonne faux; c'est là que le fil de transmission s'est rompu dans l'histoire des sciences humaines.

Mme Bombardier est aveuglée par l'aspect pompeux de la rhétorique, autrement elle comprendrait où se situe l'intelligence des Québécois. Elle s'horripile devant la forme de la langue québécoise et juge grossier l'art de notre parler? C'est qu'elle ignore que celui-ci véhicule des fluides de lumière, des étincelles de créativité, rendant notre langue et tout ce qu'elle véhicule plus vivants que le français des académiciens d'outre-mer. Telle est la force des Québécois, au-delà des apparences. Peut-on unir la rhétorique française à la lumière québécoise? Non, car la langue québécoise existe non pas comme art mais comme un solide support à l'échange des fluides créateurs d'une beauté moderne et bien de chez nous! En vérité, la lumière est plus puissante que le verbe, elle en est la source. C'est ce feu que transporte la langue québécoise. C'est pourquoi le beau parler français craque dans notre bouche.

l se peut que les professeurs manquent de reconnaissance, ce qui ne signifie pas que le XVIIIe siècle doive être encore enseigné tel quel dans les universités. Qu'un être se passionne pour un siècle et qu'il veuille transmettre sa flamme à d'autres est fort louable, mais beaucoup d'informations sont disponibles autrement de nos jours, justement grâce à l'efficacité anglo-saxonne. Le professeur qui s'anime sur un sujet n'est pas différent de nos jeunes curieux qui s'intéressent à l'histoire sans passer par l'université pour s'en gorger.

Aujourd'hui, la connaissance est disponible partout dans les bibliothèques, sur Internet et dans les livres, justement écrits par d'éminents professeurs; le savoir est transmissible aussi par nos parents, par nos voisins d'autres souches et, bien sûr, par la télévision, les médias, le cinéma et l'art en général. Quoi de plus démocratique et de plus attrayant pour le peuple que de voir un reportage ou un film d'époque ou traitant d'un sujet de manière moins théorique qu'un cours universitaire? Les formes de transmission des connaissances se multiplient et les professeurs doivent s'y faire. Ce n'est pas un hasard si les jeunes se dirigent vers les études en multimédias. C'est une nouvelle manière de porter un haut intérêt à l'histoire et de la raconter tout en vivant une expérience. Le goût de vivre est plus efficace que la rhétorique pour se souvenir d'où on vient!
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