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 Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS

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Gébé Tremblay
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MessageSujet: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 17:49



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RÉGIME FRANÇAIS

UN PEU D’HISTOIRE : LA FRANCE EN AMÉRIQUE

ANNEXE À LA REQUÊTE EN RECONNAISSANCE ET CONFIRMATION

DU STATUT D’AUTOCHTONE FRANÇAIS DU QUÉBEC (CANADIEN

FRANÇAIS DU QUÉBEC) ET DES DROITS Y AFFÉRENTS

Dans le cadre de la requête en reconnaissance du statut d’Autochtone français
du Québec pour les requérants qui sont des descendants de Français qui ont
habité la Nouvelle-France avant le Traité de Paris et la Proclamation royale de
1763, il est bon de remonter dans le temps et de rappeler les principaux faits qui
ont marqué l’histoire des Français du Québec et d’en tirer certains
enseignements utiles comme conclusions.

1.0 Le territoire, le peuplement et l’administration

1.1 Le choix de Québec, colonie de peuplement

Dans le prolongement des voyages de Jacques Cartier en 1534-1535 et 1541 et
après de vaines tentatives de colonisation, c’est-à-dire l’exploitation des richesses
naturelles d’un territoire, La Rocque de Roberval, d’abord, près de Québec en 1542,
ensuite Pierre Chauvin à Tadoussac en 1600 et de la Roche à l’Ile de Sable à la fin
du XVIe siècle, François Dupont-Gravé, secondé de Samuel de Champlain,
géographe, conclut une alliance, un traité d’amitié avec des bandes de Montagnais et
leurs alliés, Algonquins et Etchemins, à la Pointe-aux-Alouettes en face de Tadoussac
le 27 mai 1603 (voir 1.2 et 2.2).

Ces explorateurs, l’année suivante (1604), longent le littoral de l’Acadie, la baie
Française (de Fundy) et Port-Royal (Annapolis Royal). Ils passent un hiver désastreux
dans l’Ile Sainte-Croix où périrent du froid et du scorbut 35 personnes qui les
accompagnaient. En 1605, ils poussent leur exploration jusqu’à Boston, reviennent à
l’Ile Sainte-Croix qu’ils délaissent pour s’installer tout près à Port-Royal. En 1606 et
1607, les explorations se poursuivent tandis que des bâtiments se rendent à
Tadoussac troquer des pelleteries (fourrures) avec les Indiens.

Cependant, en août 1607, le monopole de traite des fourrures de Du Gua de Monts,
lieutenant général de la Nouvelle-France et armateur, a été révoqué et ultérieurement
renouvelé pour une année à la condition qu’il se fixe à l’intérieur du continent. Ceci
confirme un échec d’établissement en Acadie.

Après tous ces tâtonnements à la recherche du site idéal d’établissement, Du Gua de
Monts donne à Champlain le titre de lieutenant et le charge, accompagné de François
Dupont-Gravé, d’aller fonder Québec en 1608. Ce site fut choisi parce qu’il est à
proximité des fourrures et des Indiens qui fournissent les marchands et coureurs des
bois, qu’il y a un climat propice et un promontoire favorisant une certaine sécurité, le
tout couronné par la réalisation d’un vieux rêve, celui de la mainmise sur le commerce
avec la Chine. Québec fut appelée à devenir la capitale de la Nouvelle-France et le
lieu où se définissent les grands enjeux de la colonie, les stratégies de
développement du territoire. L’Abitation comme elle fut nommée, était un bâtiment
abritant les personnes, vivres et outils à l’intérieur d’une enceinte fortifiée. Québec
devient un comptoir, un centre administratif, un port en eau profonde à l’intérieur des
terres. C’est un centre de peuplement et de services en liaison avec la France pour
toute question administrative. D’ailleurs, en 1618, Champlain présente à Louis XIII un
mémoire dans lequel il fait valoir sa vision d’une colonie française en Amérique dont
le centre serait Québec.


Dernière édition par le Dim 14 Oct - 21:15, édité 2 fois
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Gébé Tremblay
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MessageSujet: Re: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 17:52

1.2 Les grandes explorations

Des expéditions furent lancées tout au long du XVIIe siècle dans toutes les directions
afin de mieux connaître les richesses des nouvelles contrées et d’y affirmer la
suprématie de la France et assurer la conversion des Sauvages. Après le traité
d’amitié à la Pointe-aux-Alouettes le 27 mai 1603 avec des Montagnais, des
Algonquins et des Etchemins, Champlain, à l’occasion des guerres entre les Iroquois
et les Hurons et, pour consolider une autre alliance ou traité d’amitié avec ces
derniers, en 1609, remonte la rivière Richelieu (rivière des Iroquois) et atteint le lac
auquel il donne son nom, reconnaissant ainsi l’importance de cette voie de
pénétration vers le Sud. Jusqu’en 1615, eurent lieu des affrontements opposant aux
Iroquois des Français, des Hurons auxquels se joignirent des Montagnais et des
Algonquins. De plus, cette même année, il accompagne ses alliés en Huronie en
passant par la rivière des Outaouais et le lac Nipissing, une route des fourrures.

Par la suite, des périples non officiels étaient faits par des missionnaires, interprètes
(truchements) et commerçants. Notons le voyage du père Jean De Quen au lac Saint-
Jean en 1647, celui de Jean Bourdon et Ménard Chouart des Groseillers au lac
Supérieur et à la baie d’Hudson entre 1657 et 1663.

De 1665 à 1685, comme les Anglais s’établissent à la baie d’Hudson, l’intendant
Talon y dépêche Denys de Saint-Simon et le missionnaire jésuite Charles Albanel en
1672 et, en 1674, cette fois avec Louis Jolliet du poste de traite de Tadoussac, fondé
en 1600, pour y instaurer des alliances avec les Indiens au profit du roi de France.

Vers l’Ouest et le Sud, plusieurs années après l’établissement en 1632 d’une grande
mission par les Jésuites auprès des Hurons de la baie Georgienne, le père Dollier de
Casson et Cavelier de La Salle en 1668 se rendent jusqu’au lac Érié. En 1672, Louis
Jolliet et le père Marquette pénètrent jusqu’en Louisiane. Enfin, c’est Cavelier de La
Salle qui atteint l’embouchure du Mississipi sur le golfe du Mexique et il prit
possession du territoire au nom du roi de France en 1682.

Les grandes explorations continuent. Pierre Lemoyne d’Iberville pousse jusqu’à la
baie d’Hudson en 1690. Cadillac fonde Détroit en 1701. La Vérendrye part à la
conquête de l’ouest et se rend au pied des Rocheuses en 1743. Ces grands
explorateurs aux noms illustres ont nommé les lieux où des forts, des missions et des
établissements furent fondés laissant l’empreinte de la France sur l’ensemble du
continent.
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Gébé Tremblay
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MessageSujet: Re: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 17:54

1.3 Les fondations de villes et postes

Après Tadoussac et Québec, dans la vallée du Saint-Laurent, sur les ordres de
Champlain, le sieur Laviolette, employé de la traite des fourrures, fonde Trois-
Rivières, lieu de commerce qui est très fréquenté par les Montagnais, les Algonquins
et les Hurons en 1634. De plus, la Compagnie des Cent Associés (voir 2.2), créée par
le cardinal de Richelieu, concède l’île de Montréal à la Société Notre-Dame dévouée
à la conversion des sauvages en 1640. Deux ans plus tard, le 17 mai 1642, Paul
Chomedey de Maisonneuve fonde Ville-Marie (Montréal), ville missionnaire. Enfin,
Lachine est fondée par Cavelier de La Salle en 1671.

1.4 L’arrivée des ancêtres des requérants

Comme vous pouvez le voir dans l’exposé plus élaboré aux paragraphes 12 à 27 de
la Requête en reconnaissance et confirmation du statut d’Autochtone français du
Québec, l’ancêtre Pierre Lavallée, dit Vallée, s’installe sur des terres à Beauport au
plus tard en 1657, tandis que Pierre Duchesne, dit Lapierre, du côté maternel, se fixe
à l’Ile d’Orléans et Québec avant 1664.
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MessageSujet: Re: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 17:56

1.5 Le développement et l’administration de la colonie jusqu’en 1760

La France au XVIe siècle, alors qu’elle était engagée dans des guerres coûteuses, a
été confrontée aux problèmes du financement du peuplement et de la colonisation
des territoires dont ses explorateurs avaient pris possession en son nom en
Amérique.

Le commerce des fourrures devenu très florissant permet de trouver la solution. En
retour d’un monopole exclusif accordé par l’État, une compagnie privée assumerait le
peuplement du territoire. Cette compagnie avait le pouvoir de commercer avec les
Aborigènes (Indiens) et de faire des lois et ordonnances. C’est ce qui fut fait et ses
pouvoirs ont été délégués à un lieutenant qui prend le titre de gouverneur en 1635.

La France, contrairement aux colonies britanniques, confinées par la chaîne de
montagnes au littoral atlantique, a pu se constituer un immense empire territorial
couvrant les trois quarts du continent, c’est-à-dire de l’Acadie vers le nord en passant
par Plaisance à Terre-Neuve, puis vers la baie d’Hudson et à l’ouest du lac Supérieur
en descendant en Louisiane, la Nouvelle-Orléans et Mobile jusqu’au golfe du
Mexique. Mais cette immensité avait la fragilité pour contrepartie. La France a tout au
plus réussi à prendre possession des territoires, sans les occuper, les habiter et les
contrôler. Si l’on fait exception des peuplements en périphérie destinés à la traite des
fourrures et l’approvisionnement en poissons, l’administration a tenu à concentrer la
population à Tadoussac, Québec, Trois-Rivières, Montréal et Sorel. Le régime
seigneurial ayant été retenu comme le meilleur moyen d’occuper et de gérer les terres
de la colonie, la vallée du Saint-Laurent, en 1700, comptait 80 seigneuries, plusieurs
cependant ayant été abandonnées. Toutefois, en 1663, la colonie étant toujours peu
peuplée (3215 habitants au 1er recensement en 1665) et dans un état précaire, il est
fait le constat que les compagnies qui se sont succédées, celles des Marchands, de
Caen, des Cent Associés, De Rouen et la Communauté des habitants, ont failli à la
tâche au fil du temps. Dès lors, Louis XIV, poussé par son ministre Colbert reprend en
main la colonisation française en Amérique et effectue une réorganisation
administrative. La Nouvelle-France acquiert alors ses institutions essentielles par la
nomination d’un gouverneur, d’un intendant et la création du Conseil souverain. Plus
précisément, ce conseil est sous l’autorité de deux chefs, le gouverneur et l’évêque.
Les autres membres sont l’intendant, le procureur général, le greffier et sept
conseillers. Cette double autorité, porteuse de conflits, emmena Mgr de Laval, qui
avait été nommé vicaire apostolique en 1658 à faire remplacer le gouverneur
d’Avaugour et lui choisir un successeur en Saffray de Mézy.

L’année 1665 est marquée de plusieurs événements dont l’arrivée des « filles du roi »
et l’obligation faite aux célibataires de se choisir une épouse parmi elles (jusqu’en
1673, il en vint 900), l’arrivée du lieutenant de Tracy et du régiment de Carignan-
Salières qui va réprimer l’Iroquoisie en 1666. La même année, Daniel de Rémy de
Courcelle est nommé gouverneur alors que Jean Talon, homme de confiance de
Colbert, devient le premier intendant de la Nouvelle-France. Elle se voit dotée d’un
gouvernement bicéphale : au gouverneur reviennent la direction des activités
militaires et les relations extérieures, incluant celles avec les Aborigènes (Indiens); à
l’intendant, la justice, la police et les finances. Dans un tel contexte, les compagnies
ne détiendront désormais que des monopoles commerciaux.

En 1672, Louis de Buade de Frontenac est nommé gouverneur de la Nouvelle-France
alors que Jean Talon quitte, déçu des réactions de la royauté et de son entourage qui
ne l’ont pas soutenu dans son objectif de bâtir un pays axé sur l’industrie et le
commerce en plus de l’agriculture et de la traite des fourrures.

Ce modèle d’administration de la colonie dure jusqu’en 1763. Cette période est
marquée par des hivers rigoureux, la pauvreté qui frappe les habitants, les disettes de
blé causées par la sécheresse ou les pluies excessives, les épidémies de chenilles, le
typhus. Ces calamités se succèdent à tous les deux ou trois ans.

Ainsi, en 1704, la colonie est au bord de la révolution et même les curés menacent
d’abandonner leurs ouailles. Philippe de Rigaud de Vaudreuil et Beauharnois,

gouverneur et intendant, mettent en circulation en 1704 de la monnaie de cartes
comme en 1685 pour la solde des soldats, qui ne repose sur aucun fonds. En 1716, la
métropole ébauche un programme de redressement économique basé sur la
diversification des produits de l’agriculture et de l’industrie de telle sorte que Montréal
devient la métropole commerciale de la Nouvelle-France. Bien que la monnaie de
cartes ait été abolie en 1719, elle a été réintroduite en 1729 et 1747. Cette monnaie
plonge la colonie dans une forte inflation avec la misère qui l’accompagne. À cet effet,
Philippe de Vaudreuil écrit à Maurepas : « Je vous avoue que je vois avec peine
Monseigneur que les pauvres souffrent et ne puissent avoir ce qui est nécessaire qu’à
un prix excessif ». De son côté, l’intendant Hocquart écrit que les habitants « sont
naturellement indociles » et au printemps 1738, il fait vider les greniers de blé des
habitants avares et aisés pour le redistribuer.

Après la nomination de Bigot comme intendant en 1748, Pierre Rigaud de Cavagnal,
marquis de Vaudreuil, jusqu’alors gouverneur de la Louisiane, devient le dernier
gouverneur de la Nouvelle-France. Il signe la capitulation de la colonie française, le 8
septembre 1760.
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MessageSujet: Re: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 17:58

2.0 Des événements déterminants

La fondation de Québec, Montréal et des principaux lieux de la Nouvelle-France
situés au carrefour des grandes voies de pénétration du continent et des routes des
fourrures, les grandes explorations ainsi que les institutions dont il a été fait état
précédemment permettent de se faire une idée de l’encadrement territorial et
institutionnel à l’intérieur duquel les Autochtones français ont évolué et des difficultés
qu’ils ont affrontées dans cette aventure nord-américaine. Ainsi et de plus, ce territoire
qu’ils apprivoisaient en compagnie de l’Église par ses évêques et missionnaires était
déjà occupé par les Aborigènes (Indiens) et il était aussi convoité par d’autres
puissances coloniales, telles l’Angleterre, l’Espagne et la Hollande.

2.1 La Nouvelle-France et l’Église

La présence de l’Église en Nouvelle-France commence effectivement en 1615 avec
l’arrivée de quatre Récollets qui continueront leur apostolat pendant et près de deux
siècles. Ils sont eux-mêmes explorateurs ou accompagnateurs d’explorateurs. Ils
apprennent les langues des Aborigènes et servent d’interprètes (truchements). De
même, en est-il de cinq Jésuites qui, à l’invitation des Récollets, se sont chargés
d’établir une mission de la Compagnie de Jésus en Nouvelle-France. À partir de
1632, ils rédigent leur journal, connu sous le nom de Relations des Jésuites.

En 1634, plus de 150 canots montés par des Algonquins et des Hurons quittent Trois-
Rivières. Jean de Brébeuf et deux autres Jésuites les accompagnent pour se rendre
en Huronie prêcher l’Évangile. L’année suivante est fondé le Collège des Jésuites et,
en 1637, ils établissent la réserve de Sillery où est faite une tentative peu fructueuse
de francisation des Indigènes.

Ensuite, viennent s’installer d’autres institutions religieuses afin de s’occuper de la
santé, de l’éducation et du culte. En 1639, arrivée à Québec des Ursulines et de Mme
de Chauvigny de la Peltrie qui fondent une école pour jeunes filles. Nouvellement
arrivées, elles aussi, les Hospitalières augustines fondent l’Hôtel-Dieu de Québec.

De plus, à Montréal, arrivent les Sulpiciens en 1657 pour assurer le ministère spirituel
alors que Marguerite Bourgeoys fait bâtir la Chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours et,
l’année suivante, elle inaugure une école et fonde la Congrégation Notre-Dame vouée
à l’enseignement.

En outre, l’année 1663 est celle de la fondation du Séminaire de Québec ayant pour
but de recruter et de former des prêtres séculiers. Aussi, Mgr François de Laval,
vicaire apostolique depuis 1658, devient le premier évêque de Québec en 1674 et un
des chefs du Conseil souverain. En 1664, s’ébauche le premier diocèse avec Québec

qui en est la première paroisse de la colonie. En 1685, au moment du retrait de Mgr
de Laval, le clergé comptait un peu plus de 100 prêtres dont 13 sont nés au pays et
près de 100 religieuses dont la moitié est du pays.

Il en résulte, après bien des efforts, que l’action de l’Église auprès des Aborigènes
(Indiens) ne donne que des résultats mitigés même si les missionnaires suivent les
peuples nomades dans leurs déplacements. Elle se heurte à la culture indienne, au
ravage de l’eau-de-vie et à la crainte des épidémies que leur apportent les étrangers,
de telle sorte que les conversions ne se comptent qu’à l’unité et que ceux qui se font
baptiser ne le font pour la plupart que sur leur lit de mort. Chez l’Aborigène (Indien), il
y a tendance à n’en faire qu’à sa tête et à concilier facilement l’enseignement de
l’Église à ses croyances traditionnelles et l’enfant, de son côté, est incapable de
s’habituer à une vie disciplinée, respectueuse de l’autorité qui lui apparaît abusive. Le
métissage ou l’assimilation n’aboutit pas.

Du côté des efforts faits pour répondre aux besoins spirituels d’une population
française de plus en plus nombreuse (10 303 en 1688 dont 1400 à Québec),
l’éducation reste réservée à un petit nombre. Elle vise à former de bons citoyens
plutôt qu’à approfondir l’instruction. Même si les colons apprécient l’enseignement
spirituel dispensé, l’Église se bute à un non-respect de l’autorité et à une éducation
déficiente des enfants. Ainsi, malgré que la pratique religieuse soit stricte, les colons
choisissent la dévotion à sainte Anne, patronne des marins et des Aborigènes plutôt
que celle de saint Joseph que voulaient imposer les prêtres. Somme toute, l’Église est
solidement implantée et le protestantisme, notons-le, n’a jamais réussi à émerger. À
ce sujet, en 1627, un décret royal réserve la Nouvelle-France aux seuls catholiques
quoique un petit nombre de protestants ait été toléré. En 1684, cependant, une plus
grande rigueur est instaurée : on oblige les protestants à se convertir ou on les refuse
dans la colonie.
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MessageSujet: Re: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 18:02

2.2 Les Autochtones français du Québec et les Aborigènes

Lors de l’arrivée des Français et autres Européens en Amérique, selon des
estimations plus ou moins précises d’historiens et d’analyses anthropologiques, la
population aborigène du Nord-Est de l’Amérique aurait été de un quart à un million de
personnes réparties dans des centaines de nations aborigènes sur l’ensemble du
territoire. Dans ce contexte, l’accès au territoire était possible, mais il fallait prendre en
compte ces populations qui y vivaient déjà.

À cet effet, référons-nous à l’historien Mgr Victor Tremblay et son livre sur l’Histoire du
Saguenay. Il y note qu’après la mort de Chauvin qui était venu à Tadoussac,
accompagné de Champlain en 1600, Dupont-Gravé, son successeur, et Champlain
scellent en 1603, le premier traité d’alliance et d’amitié en fumant le calumet avec des
bandes de Montagnais, et leurs alliés, des Algonquins et des Etchemins, à la Pointe-
aux-Alouettes, en face de Tadoussac. Ces derniers étaient installés à cet endroit pour
célébrer une victoire sur les Iroquois, leurs ennemis communs (voir 1.1 et 1.2).

Ainsi comme le voulait la royauté, était préparée la voie à un établissement français,
le tout selon les formes régulières et ententes officielles entre Aborigènes (Indiens) et
Européens à cette époque. Ce traité entre les mandataires du roi de France et les
chefs des trois nations précitées permet aux Français de s’établir dans la vallée du
Saint-Laurent tout en s’engageant à l’égard de leurs alliés. À ce sujet, Champlain
écrivait : « En cette entreprise je n’ai remarqué aucun défaut, pour avoir été bien
commencée. »

Dans le même sens, en 1609, Champlain conclut une autre alliance, cette fois avec la
nation huronne, et pour la consolider, il remonte, la même année, le Richelieu (rivière
des Iroquois) avec les Hurons en vue d’un premier affrontement avec les guerriers
iroquois (voir 1.2). En 1610, il accompagne les Hurons auxquels se joignent des
Algonquins et des Montagnais dans une autre bataille contre les Iroquois. Un
troisième affrontement a lieu en 1615, c’est une défaite et Champlain est blessé. Il

n’en fallait pas plus; les Français s’étant faits alliés des Hurons, des Montagnais et
des Algonquins venaient donc de se faire des Iroquois des ennemis mortels.

Ensuite, cette façon de faire de la royauté avec les peuples aborigènes alliés est
poursuivie par le Cardinal de Richelieu, en 1627. En effet, ce dernier constitue la
Compagnie des Cent Associés, dite et nommée La Compagnie de la Nouvelle-France
qui a le monopole de la traite des fourrures, qui doit peupler la colonie d’émigrants
français catholiques et convertir à la foi catholique romaine les peuples qui y habitent.
En outre, ajoute Le Mercure François de M.DC.XXVIII (1628), page 245, les
descendants des Français et les Sauvages (Aborigènes) qui auront été convertis seront
reconnus Français naturels. Ils pourront, entre autres, acquérir, tester, succéder et venir
habiter la France quand bon leur semblera sans avoir à être naturalisés.

Ajoutons qu’une règle semblable est reprise en 1664 lors de la création de la
Compagnie des Indes occidentales.* M.à j. 23-1-06

En 1641, les Iroquois déclarent officiellement la guerre aux Français. En juin, le
gouverneur Montmagny parlemente vainement avec eux à Trois-Rivières et il s’ensuit
un bref combat dont le gouverneur sort victorieux. L’année suivante, le gouverneur
Montmagny, prévoyant contrer les Iroquois, se hâte de bloquer le Richelieu, leur route
traditionnelle, et fait bâtir le fort du même nom sur l’emplacement de ce qui sera
Sorel. Ce fort s’inscrit dans la série de construction de forts, tel celui de Saint-Louis
sur le cap Diamant à Québec en 1620.

En 1645, le gouverneur conclut à Trois-Rivières un traité de paix avec les Agniers
(Mohawks) de la nation iroquoise.

Cette paix fut si fragile qu’en 1648, les Iroquois attaquent et détruisent la Huronie et,
en même temps, la mission Saint-Joseph (1400 familles). Les Hurons (environ 300)
n’ayant pas été massacrés et n’ayant pas fait défection se réfugient à Québec tandis
que Québec et Montréal continuent en 1651 d’être la cible de multiples attaques des
Iroquois.

Aussi, faut-il rappeler que les Iroquois soumettent les missionnaires (Jogues, Goupil,
Brébeuf et Lalemant) à des sévices tels qu’ils en meurent martyrs parce qu’ils
représentent une menace politique et culturelle en propageant une religion qui détruit
la leur et les bases de leur organisation sociale.

Même s’ils avaient signé avec les colons de Montréal une paix en 1655, elle fut de
courte durée parce qu’en 1658, ils déclenchent une nouvelle guerre et rôdent autour
de Québec.

Au printemps 1660, Dollard des Ormeaux et ses 16 compagnons combattent 800
assiégeants au Long-Sault sur la rivière des Outaouais. Après trois jours de combat,
les Français sont massacrés. Que cette expédition ait eu le noble but de défendre
Montréal ou l’autre plus mercantile de briser la route des fourrures des Iroquois, il
reste que malgré ce débat, Dollard des Ormeaux demeure un héros parce qu’il a
réussi avec ses faibles moyens à retarder la plus grande offensive des Iroquois qui
marchaient sur Montréal et Québec pour y massacrer tous les Français.

En 1661, les Iroquois continuent de semer la terreur, tuant une centaine de
personnes. Devant le triste état de la colonie, Pierre Dubois d’Avaugour, nouveau
gouverneur, obtient du roi une centaine de colons et surtout, dans les circonstances,
cent soldats. Toutefois, ces effectifs étant nettement insuffisants, les dirigeants de la
colonie supplient le roi à maintes reprises pour obtenir davantage de renforts
militaires. En 1665, pour mater les Iroquois qui menacent la survie même de la
Nouvelle-France, le roi dépêche le régiment de Carignan-Salières de 800 à 1000
soldats placés sous les ordres de Alexandre de Prouville de Tracy. En 1666, ce
régiment ravage les villages des Iroquois qui, en 1667, demande la paix et
reconnaissent la souveraineté du roi. Parmi les soldats de ce régiment, 400
s’établissent dans la colonie comme colons ou coureurs des bois. Suivirent 16 années
de développement pacifique.

*Information transmise par Me Christian Néron

Notons que c’est aussi dans les années 1660 et suivantes que le commerce des
fourrures, la plus grande activité économique de la colonie, se transforme. Au début,
Tadoussac, Québec, Trois-Rivières et Montréal tiennent des foires annuelles en mai
et juin où les Aborigènes (Indiens) viennent, leurs canots chargés de peaux, et après
avoir établi leur campement, ils les vendent aux commerçants. Par la suite, dans les
années 1660, ce sont plutôt les coureurs des bois qui partent en forêt troquer les
fourrures. Ils travaillent à leur compte ou pour de riches commerçants. À l’occasion,
des messagers que le gouverneur envoie ravitailler les missionnaires se font coureurs
des bois et même les explorateurs font des affaires au cours de leurs voyages.

En 1690, on estime à 700 le nombre des coureurs des bois alors que la population
totale de la colonie est de 10 303 habitants. Il y en a tellement que pour soutenir les
prix de la fourrure sur les marchés européens et inciter les jeunes à cultiver la terre,
les autorités tenteront de réglementer ce commerce par le système des 25 congés
annuels accordés aux plus pauvres.

Ces coureurs des bois apprennent les langues des Aborigènes (Indiens), vivent à
l’indienne et s’imprègnent de leur culture qui aura une grande influence dans toute la
colonie.

La situation de la Nouvelle-France se détériore à un point tel que Frontenac et
Duchesneau sont rappelés en France. En effet, la France misait sur la puissance du
royaume de telle sorte que la colonie n’était utile que dans la mesure où elle
contribuait à la richesse de la mère patrie; les activités industrielles ou commerciales
ne doivent pas concurrencer celles de la métropole.

Au moment de l’arrivée du gouverneur de la Barre et de l’intendant Jacques Demeulle
en septembre 1682, un seul sujet est à l’ordre du jour : la question iroquoise. En effet,
depuis quatre ans les Anglais encouragent les Iroquois à guerroyer contre les
Français en leur donnant des présents, et leur fournissant des denrées bon marché
ainsi que des armes.

En 1684, le gouverneur de la Barre se rend chez les Iroquois. Son armée,
commençant à manquer de vivres, il décide de ne pas faire la guerre et signe la paix
honteuse dont le roi n’est pas fier et amène son rappel en France.

Dans la nuit du 4 au 5 août 1689, les Iroquois font une attaque surprise contre
l’établissement de Lachine. Les assaillants massacrent 24 personnes et détruisent
une cinquantaine de fermes.

Pour venger Lachine et remonter le moral des colons, Frontenac organise l’année
suivante (1690) des raids militaires contre des villages de Nouvelle-Angleterre
(Coarler, Salmon Falls et Casco) parce qu’ils fournissaient des armes aux Iroquois.

Madeleine de Verchères, en 1692, âgée de 14 ans, échappe aux Iroquois et se
réfugie dans le fort de Verchères, propriété de son père. Une fois rendue sur le
bastion, chapeau de soldats sur la tête, elle se promène laissant croire qu’il y avait de
nombreux soldats dans l’enceinte. Puis, après avoir tiré un coup de canon, elle les fait
se disperser. Ce fait d’armes la fera considérée comme une héroïne dans nos livres
d’histoire.

En 1701, le gouverneur Hector de Callières, successeur de Frontenac décédé en
1698, conclut avec 1300 chefs, ambassadeurs et représentants, la Grande Paix de
Montréal intervenant entre la Nouvelle-France et ses alliés aborigènes et les Cinq
Nations iroquoises. Ces dernières déclarent qu’elles vont dorénavant rester neutres
dans les conflits entre les colonies françaises et anglaises1.

1 À titre complémentaire et informatif, dans l’affaire Mitchell c.M.R.N. (Ministère du Revenu
national), 1 R.C.S., juin 2001, il n’y a pas de surprise dans le fait que la Cour suprême du Canada précise que, si importantes qu’elles soient pour leur identité, les activités guerrières des Mohawks (Agniers) de la nation iroquoise antérieures aux contacts avec les Européens ne leur donnent pas un droit en vertu du par. 35(1) de la Loi constitutionnelle de 1982 de se livrer à des activités guerrières et de déployer à leur gré une force militaire en territoire canadien.
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MessageSujet: Re: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 18:05

2.3 Les guerres franco-anglaises

La colonie n’ayant qu’une vingtaine d’années et ne comptant qu’environ une centaine
d’habitants, voilà que les frères Kirke assiègent Québec en juillet 1629. Champlain
capitule et la Nouvelle-France tombe aux mains des Anglais. Il quitte Québec
accompagné des officiers administrateurs, une soixantaine de colons, de même que
des Récollets et des Jésuites.

Les frères Kirke occuperont Québec pendant trois ans, c’est-à-dire jusqu’au 13 juillet
1632 où la Nouvelle France et l’Acadie retournent à la France par le traité de Saint-
Germain-en-Laye, signé entre les rois de France et d’Angleterre.

Les raids militaires français contre trois villages de Nouvelle-Angleterre (notés plus
haut à 2.2) parce qu’ils fournissaient des armes aux Iroquois sèment la panique chez
les habitants qui s’organisent en vue de conquérir la Nouvelle-France. Au nom de
l’anéantissement de la colonie française, William Phipps s’empare d’abord de Port-
Royal facilement et remonte le Saint-Laurent avec une flotte de 32 navires ayant à
leur bord 2000 miliciens du Massachusetts. D’un autre côté, une armée de terre de
1000 Anglais et de 1500 Indiens avance vers la colonie par le lac Champlain et le
Richelieu sous le commandement de Fitz-John Winthrop.

Pendant que Frontenac revient précipitamment de Montréal où il est allé organiser
une petite armée de 1200 soldats pour contrer celle de Winthrop qui remonte le
Richelieu, le major François Provost avait mobilisé les habitants de Québec (1400) et
des alentours tout en fortifiant les lieux. Cependant, alors que les troupes de
Winthrop, campées au lac Champlain sont décimées par la petite vérole et décident
de ne pas aller plus loin, du côté de Québec, Frontenac répond à un émissaire de
Phipps : « Non, je n’ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de
mes canons et à coups de fusils ». Le 18 octobre 1690, des miliciens de Trois-
Rivières et de Montréal font une chaude réception aux troupes qui débarquent à
Beauport de sorte que le 21 octobre les Anglais subissent la défaite. Comme les nuits
sont froides et ne voulant pas hiverner dans le Saint-Laurent, la flotte retourne à
Boston, n’ayant pas réussi à s’emparer de Québec.

Par la suite, à la baie d’Hudson, la rivalité commerciale est toujours aussi violente. En
avril 1694, d’Iberville obtient du roi deux frégates montées de 100 hommes et quitte la
France pour se rendre à Québec où il recrute une centaine de volontaires qui
l’accompagne dans son expédition. Si bien, que le 13 octobre, le gouverneur du fort
York, Thomas Walsh, capitule.

En 1696, les Anglais reprennent le fort York des mains du sieur La Forest qui signe la
reddition. Mais, l’année suivante, d’Iberville force le départ de la majeure partie des
Anglais de la côte acadienne et de l’île de Terre-Neuve.

Encore une fois, en 1697, sous le commandement de d’Iberville sur le Pélican une
nouvelle expédition force les Anglais à capituler et la baie d’Hudson redevient
française. Aussi, en 1697, le traité de Ryswick entre Anglais et Français laisse le statu
quo ante bellum, c’est-à-dire que Terre-Neuve redevient possession anglaise, alors
que la France recouvre la baie d’Hudson et l’Acadie.

Rappelons qu’en 1700, les populations étaient approximativement de 19 millions
d’habitants en France, 7,5 millions en Angleterre et Écosse, 6 millions en Espagne,
240 000 dans les colonies de Nouvelle-Angleterre et de seulement 15 000 en
Nouvelle-France dont 2000 à Québec.

La paix venait tout juste de se rétablir avec les Iroquois en 1701 que les droits de
Louis XIV sur la succession au trône d’Espagne à la mort de Charles II raviva le
conflit entre les métropoles.

En 1702, la guerre reprend sur tous les fronts, selon des plans semblables à ceux de
la période antérieure. Les Français réussissent des raids sur les côtes de Terre-
Neuve et se maintiennent dans la baie d’Hudson. En 1711, la colonie passe tout l’été
sur le qui-vive craignant de voir les Anglais l’attaquer de nouveau. L’Angleterre
reprend son projet d’invasion par mer et par terre. Dans la nuit du 2 au 3 septembre,
une tempête projette les navires de Walker sur les récifs de l’Île-aux-OEufs (Sept-Îles).
Par terre, sur les bords du lac Champlain, Nicholson à la tête d’une armée de 2000
Anglais et d’une centaine d’Iroquois apprend le désastre de la flotte de Walker et
ordonne la retraite de son armée

En 1713, paraissant être au sommet de sa puissance, de son extension territoriale et
voulant conserver son empire en Europe, la France signe à Utrecht un désastreux
traité pour la colonie. L’Angleterre obtient Terre-Neuve, l’Acadie, la baie d’Hudson et
le protectorat sur les Iroquois. La Nouvelle-France est alors réduite à un long corridor
sur les deux rives du Saint-Laurent et à une ouverture sur la vallée du Mississipi par
les Grands Lacs bien qu’elle entre jusqu’en 1744 dans la plus longue période de paix
qu’elle ait connue.

Déjà, de ces faits, se profile la défaite française de 1763 comme le note l’historien
Guy Frégault cité par l’historien Jacques Mathieu. En effet, il constate le succès du
mode de colonisation de l’Angleterre sur celui de la France. Les données comparées
du peuplement et de l’occupation du territoire dans les colonies françaises et
britanniques, ajoutées aux volontés politiques des métropoles dans le développement
de leurs colonies respectives expliquent la victoire de l’une sur l’autre. En fait, les
enjeux économiques et territoriaux sont définis au XVIIe siècle.

Au lendemain d’Utrecht, la France procède à la construction de la forteresse de
Louisbourg dans l’Ile Royale (Cap Breton). Elle veut garantir l’accès au Saint-Laurent
à ses navires et assurer une certaine protection aux Français pratiquant la pêche
dans le golfe. À l’autre extrémité de la colonie, elle confie au financier Crozat le soin
de peupler, coloniser et défendre la Louisiane. Dans la région des Grands Lacs, la
France érige de puissants postes fortifiés. Au coeur de la colonie, elle érige des
remparts autour de Québec et Montréal, y construisant des bastions. Elle consolide le
fort Chambly en 1711, puis le reconstruit en 1731. Notons, enfin qu’au cours de cette
période qui dure jusqu’en 1744, 75% des sommes consacrées à la colonie par la
royauté sont affectées à des objectifs militaires.

Les visées expansionnistes renaissent : La Vérendrye atteint les Rocheuses. En
même temps, sont consolidées les alliances avec les Indiens alors que s’intensifie
l’occupation du territoire.

En 1745, ces rêves s’estompent, les Anglais prennent la forteresse de Louisbourg
réputée inexpugnable. Mais, la signature du traité d’Aix-la-Chapelle en 1748 rend à la
France l’Île Royale et Louisbourg où se trouve une population de près de 3000
personnes sans compter le millier de soldats de la forteresse. L’année suivante
(1749), deux régiments et 25 000 colons recrutés en Angleterre débarquent dans la
baie de Chibouctou et fondent Halifax. En 1754, Jumonville, parti du fort Duquesne
(Pittsburg) somme les Anglais de se retirer de la vallée de l’Ohio et y érige un fort. Il
est tué pendant qu’il signifie sa mise en demeure aux hommes commandés par
George Washington. En juin 1752, du côté de l’Acadie, les forts français de
Beauséjour et Gaspareau tombent aux mains des troupes de la Nouvelle-Angleterre.
Les Acadiens se retrouvent isolés, sans liens avec les autres colonies. À la fin de
l’été, le gouverneur Charles Lawrence après ces années de conflits et
d’escarmouches incessantes, déporte quelque 7000 Acadiens et l’opération de
ratissage dure jusqu’en 1762. Alors que de nouveaux colons britanniques se
partagent les terres des déportés, environ 2000 de ceux-ci se retrouvent en Nouvelle-
France, en Louisiane et les autres sont dispersés dans les colonies anglaises.

Un autre fait marque l’année 1755 dans la vallée de l’Ohio. Le 9 juillet, de Beaujeu et
Dumas à la tête d’une petite armée d’environ 900 combattants dont 146 miliciens
français nés au Québec (Canadiens) arrêtent la marche de l’armée anglaise
commandée par Braddock qui meurt en tentant de prendre le fort Duquesne.

À la suite de cette défaite, le lieutenant-gouverneur de la colonie de New York
recommande d’envahir immédiatement la Nouvelle-France. Alors que le gouverneur
Pierre Rigaud de Vaudreuil croyait que l’armée anglaise allait attaquer les forts
Fontenac et Niagara, elle se dirige plutôt vers le fort Saint-Frédéric dans la région du
lac Champlain. Comme ce fort est névralgique et peut décider du sort de la colonie, le
gouverneur Vaudreuil donne instructions au baron Dieskau, commandant d’une
armée de 3000 hommes comprenant, entre autres, des miliciens de la colonie, de se
rendre assiéger et prendre les forts Edward (Lydius) et William Henry en construction
sur les bords du lac Saint-Sacrement (lac George). Le plan échoue, ils sont arrêtés.
Dieskau est fait prisonnier. C’est la défaite et Vaudreuil est fort déçu.

De plus, en 1756, le marquis Louis-Joseph de Montcalm éprouve quelques réticences
à attaquer Oswego. Mais le 11 août, un groupe de Français nés en Nouvelle-France
(Canadiens) et d’Aborigènes (Indiens ) sous le commandement de Rigaud de
Vaudreuil, lui-même né au pays, s’installe près du fort Ontario (un fort d’Oswego) et
creuse une tranchée. Le commandant James Mercer est tué d’un coup de canon et il
y a capitulation le 14 août. Français et Canadiens français nés en Nouvelle-France se
vantent, chacun de leur côté, d’avoir remporté la victoire.

L’année suivante le 9 septembre 1757, après 48 heures de bombardement, les
Anglais hissent le drapeau blanc au fort William Henry. Et, en 1758, c’est une autre
victoire de Montcalm, cette fois, contre Abercromby au fort Carillon. Elle est la
dernière grande victoire française en Amérique.

Le 26 juillet 1758, Louisbourg capitule devant l’armée anglaise de Jeffery Amherst. Au
mois d’août, la garnison de seulement 80 hommes du fort Frontenac commandée par
Pierre-Jacques Payen de Noyan et de Chavoy capitule à son tour pendant que, dans
la vallée de l’Ohio, François Marie Le Marchand de Lignery fait sauter le fort
Duquesne. Le colonel John Forbes prend possession de l’endroit et le renomme
Pittsburg.
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MessageSujet: Re: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 18:10

Arrivent les dernières batailles

L’Angleterre met à exécution sa politique impériale fondée sur la mise en valeur du
conflit colonial plutôt que sur la guerre européenne, contrairement à la France. Elle
s’appuie d’abord sur ses 13 colonies déjà peuplées de 2 millions d’habitants, alors
que la Nouvelle France en dénombre 70 000 incluant les 10 000 éparpillés de Terre-
Neuve jusqu’en Louisiane et, ensuite, compte sur sa flotte composée de 4 fois plus de
vaisseaux et de 5 fois plus d’effectifs que la France ainsi que sur des crédits 25 fois
supérieurs.

Suivant le plan de campagne de William Pitt, premier ministre et ministre de la guerre
en 1759, le général James Wolfe entreprend le siège de Québec en s’appuyant sur
une flotte totalisant 39 000 hommes. Le 13 septembre, c’est la bataille des Plaines
d’Abraham et la défaite des troupes du marquis de Montcalm. Wolfe et Montcalm sont
tués lors des combats. Le 17 septembre, Claude Roch de Ramesey, lieutenant du roi
à Québec remet la ville au général George Townshend, sucesseur du général Wolfe.
Les Français perdent aussi les forts Niagara, Carillon et Saint-Frédéric.

Au printemps de 1760, le chevalier de Lévis tente une ultime offensive contre l’armée
de James Murray qui occupe la ville de Québec. Le 28 avril, l’armée de Murray
attaque les troupes françaises incluant des Français nés en Nouvelle-France
(Canadiens) et il s’ensuit une bataille qui dura trois heures à l’issue de laquelle
l’armée anglaise est obligée de battre en retraite en abandonnant ses morts et
blessés sur le champ de bataille. Assuré de ce succès, Lévis décide d’entreprendre le
siège de Québec. Cette opération est de courte durée, car une flotte anglaise de
18 000 hommes s’amène en mai devant Québec. Lévis, n’ayant pas obtenu de renfort
de la France, lève alors le siège.

Comme la flotte anglaise, dirigée par Murray quitte Québec pour Montréal, Havilland
arrive par le Richelieu et Amherst par le lac Ontario. C’est la capitulation et la fin de la
Nouvelle-France.
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MessageSujet: Re: Un peu d'histoire: LE RÉGIME FRANÇAIS   Dim 14 Oct - 18:14

2.4 La capitulation

Rappelons que les capitulations de Québec (18 septembre 1759) et de Montréal (8
septembre 1760) accordent la possession coloniale de la Nouvelle-France (Canada) à
la Grande-Bretagne. Les habitants de la colonie obtiennent certains privilèges limités
dont l’exercice de leur religion en même temps qu’ils sont soumis à un régime militaire
de tolérance. D’ailleurs, le gouverneur s’applique, dans la mesure du possible parce
qu’ils sont sujets du roi, à s’en remettre aux lois et coutumes des habitants (Coutume
de Paris et les Ordonnances).

2.5 Le Traité de Paris

Plus tard, par le Traité de Paris (10 février 1763) qui est signé à la fin de la guerre de
Sept ans, au moment du partage du monde d’alors, la France renonce à ses
prétentions à la Nouvelle-Écosse ou l’Acadie et cède formellement à la Grande-
Bretagne, le Canada, l’Ile du Cap-Breton et toutes ses autres possessions en
Amérique du Nord. De plus, l’article 4 du Traité conclu entre sa Majesté Britannique,
le Roi de France, Sa Majesté Très Chrétienne et le Roi d’Espagne confirme la liberté
de la religion catholique, dans la mesure où le permettent les lois de la Grande-
Bretagne, assure les droits des habitants sur leurs biens et convient en outre, que les
habitants puissent émigrer où bon leur semblera dans les dix-huit mois à compter du
jour de la ratification du Traité.

3.0 Conclusion

Ce retour sur l’histoire de la Nouvelle-France permet de dégager certains faits
significatifs qui aident à circonscrire les éléments qui ont donné naissance, pour ainsi
dire, à la culture distinctive, aux institutions ainsi qu’au caractère et à la réalité
autochtone française du Québec. Ces singularités sont les constituantes indentitaires
les rattachant au territoire ou au pays et ce, déjà, au moment même de la
Proclamation royale de 1763 qui confirme la souveraineté de l’Angleterre sur la
Nouvelle-France et qui fait des ancêtres des requérants, des Autochtones français. À
cet effet, il faut se référer à la Requête en reconnaissance et confirmation du statut
d’Autochtone français du Québec et des droits y afférents aux paragraphes 44 à 50
qui traitent de : L’émergence et l’affirmation d’une nouvelle identité.

Le 13 février 2005 Bruno Vallée

LES OUVRAGES CONSULTÉS – HISTOIRE

Jacques Mathieu, La Nouvelle-France, Les Français en Amérique du Nord,
XVIe - XVIIIe siècles, Les Presses de l’Université Laval, Dépôt légal 3e
trimestre 2001, 2e tirage 2003.

Jean Provencher, Chronologie du Québec 1534-2000, Boréal compact, édition
mise à jour en 2000.

Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Des origines à 1791,
Tome I, Septentrion 1995.

Victor Tremblay, Histoire du Saguenay, de l’origine à 1870 (Édition Nouvelle),
Publications de la Société historique du Saguenay, Numéro 21, 1968, Éditeur
La Librairie Régionale inc., Chicoutimi, pp. 60 à 68.

Michel Morin, L’usurpation de la souveraineté autochtone, Le cas des peuples
de la Nouvelle-France et des colonies anglaises de l’Amérique du Nord,
Éditions du Boréal, 1997. (Document transmis par Me Christian Néron).

Le Français au Québec, 400 ans d’histoire et de vie, Conseil de la langue
française, Les Publications du Québec sous la direction de Michel Plourde, en
coll. de Hélène Duval et Pierre Georgeault.

Normand Lester, Le livre noir du Canada anglais, Les éditions les
Intouchables, 1, 2, 3, 2001, 2002, 2003.

Luc Bureau, Pays et Mensonges : le Québec sous la plume d’écrivains et de
penseurs étrangers, Les Éditions du Boréal, 1999.

Yvan Lamonde, Histoire sociale des idées au Québec – 1760-1896, Éditions
Fides 2000.

Yves Bourdon, Jean Lamarre, Histoire du Québec, Une société nord-
américaine, Beauchemin, éditeur ltée, 1998.

Le Mercure François, M.DC.XXVIII, Tome 13, p.245. Document historique
puisé aux archives du ministère des Affaires étrangères de France, grâce à la
compétence et aux bons soins de Mme Agnès Pouillon, archiviste-
paléographe, de M. Jean Charles de Dianous, conseiller honoraire des Affaires
étrangères et de M. Albert Salon, ancien ambassadeur et président du Forum
francophone international (FFI-France).

LES OUVRAGES CONSULTÉS – DROIT

Traité de Paris – en pièces jointes. Document historique transmis par M. Albert
Salon, ancien ambassadeur et président du Forum francophone international
(FFI-France) et M. Alfred Mignot, éditeur de la revue Vox Latina et du site
http://www.voxlatina.com, secrétaire général du Forum francophone
international (FFI-Monde).

Proclamation royale de 1763, L.R.C. (1985), App.1, no 1, et autres.

Maurice Ollivier, Actes de l’Amérique du Nord Britannique et statuts connexes,
1867 à 1962, pp. 11 à 19.

J. Brassard, H. Immarigeon, G.V. La Forest et L. Patenaude, Le territoire
québécois, Les Presses de l’Université de Montréal, pp. 52 à 55.

André Tremblay, Les compétences législatives au Canada et les pouvoirs
provinciaux, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1967, pp. 21 à 33.

Pierre Elliott Trudeau, Des valeurs d’une société juste in Les années Trudeau,
Éditions du Jour, 1990.

Ghislain Otis, Bjarne Melkevik, Peuples autochtones et normes internationales,
Les Éditions Yvon Blais inc., 1996.

Renée Dupuis, Le statut juridique des peuples autochtones en droit canadien,
Carswell, 1999.

Lajoie, Brisson, Normand, Bissonnette, Le statut juridique des peuples
autochtones au Québec et le pluralisme, Les Éditions Yvan Blais inc., 1996.

Canada, Commission royale sur les peuples autochnones, Rapport de la
Commission royale sur les peuples autochtones, volume 4 : Perspectives et
réalités, chapitre 5 intitulé Les Métis, sous-paragraphe 1.4 intitulé La protection
accordée par l’article 35, Ottawa, Ministère des Approvisionnements et
Services Canada 1996, 735 p. (Information transmise par Russel Bouchard).

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